La voie des sans voix

La voix des sans voix: Là où tout a commencé !!

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Il se dit de moi que je suis un polémiste, un marginal, un anticonformiste ou, tout simplement, un rebelle.  Pendant que nous y sommes, c’est quoi un rebelle ? Quelle connotation donne-t-on  au mot rebelle je ne sais pas. Quelle définition donne-t-on à ce vocable ? Encore une fois je ne sais pas.

Pour ce que je sais, le terme rebelle est aujourd’hui l’un des mots les plus utilisés mais aussi l’un des plus galvaudés et banalisés.

En même temps, vu notre contexte africain et son corollaire de coups d’État, d’injustices et de frustrations quotidiennes pour les populations, on peut comprendre aisément pourquoi le mot rebelle est si criminalisé.

Moi j’ai décidé d’assumer complètement ce qualificatif. Je suis un rebelle, un  dissident, un insoumis, un insubordonné, un insurgé, un révolté, …et alors ? Alors oui, j’ai décidé d’embrasser complètement ce mot, parce qu’un rebelle pour moi,  c’est celui qui refuse toutes formes d’injustice et d’asservissement.

Pour y arriver, chacun y va de ses méthodes. Pour ma part, je n’ai pas  40 % de l’armement de la Côte d’Ivoire. En ce qui me concerne, je n’utilise que ce que je sais faire de mieux : écrire, ouvrir ma bouche et parler. C’est bien cela, mon arme à moi, c’est le verbe. Un verbe libre d’oppression, de censure et de manipulation. Être rebelle est pour moi une réaction de bon sens, voire de survie, face aux injustices et à l’oppression ; et je suis attristé, peiné et choqué par leur acceptation de la part d’autant d’individus.

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Pour comprendre comment je suis devenu rebelle, regardons en arrière…

 Je suis né le 30 mai 1986 à Bouaké d’une mère célibataire. Vous conviendrez avec moi que ce n’est pas du tout facile pour une femme d’élever seule son enfant. Surtout dans une société où le patriarcat a encore de beaux jours devant lui et dans une société dans laquelle une mère célibataire est automatiquement vue comme une pestiférée. C’est dans ce contexte là que j’ai grandi. Ma mère a dû supporter et les railleries et les injures du début de sa grossesse à ma naissance. Du berceau à mes 6 ans,  ce fut également à mon tour de faire les frais des mêmes moqueries, de la part des autres enfants et de leurs parents. Exemples de mots d’amour que j’ai entendus : ‘’Ne jouez pas avec l’enfant bâtard là’’. Parce que, évidemment, c’est bien connu, quand vous jouez avec un enfant bâtard, vous réduisez vos chances de réussir dans la vie. N’est-ce pas ?  Des inepties et méchancetés pareilles, j’en ai vues et  entendues des tonnes.

 

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À 7 ans, Daouda était très éveillé et débordant d’énergie. Bouillonnant comme il était, il voulait montrer à ceux qui en doutaient qu’il savait faire des acrobaties et pouvait courir partout. Résultat des courses, Daouda s’est retrouvé dans une casserole bouillante d’huile : brûlure au 3e degré, 6 mois de coma, 2 ans d’hospitalisation et un an de convalescence.

C’est donc à 10 ans que je mets les pieds pour la 1ere fois dans une école. Pendant que ceux de mon âge étaient déjà au CM1, voire CM2. Un retard de 5 ans donc ! C’était  parti pour des années de calvaires. Si ce n’était pas des brimades, c’était des moqueries avec des sobriquets comme ‘’bagadaga’’, ‘’double face’’, ‘’tonio de la lune’’, une situation qui a eu le mérite de m’enlever le goût de retourner à l’école et même… de vivre.

Un jour, j’avais 15 ans, refusant d’aller à l’école, ma grande mère me demande : ‘’Massa dao il y a quoi et puis tu ne veux pas aller à l’école ?’’ « C’est trop dur mémé, les autres enfants refusent de jouer avec moi. Ils se moquent de moi constamment et souvent même je me fais battre », répondé-je.

Ma grande mère me regarde, d’un air souriant et d’un ton martial me demande : ‘’tu t’appelles comment ?’’ Daouda, dis-je.  Elle me rétorque  ‘’ton  prénom comporte deux Da. Da qui veut dire porte en dioula. Et par ailleurs, tu portes le nom d’un grand roi. Celui du roi David. Comme lui, ta destinée ne sera pas facile, mais tu  accompliras de grandes choses. Et sache que chaque porte à laquelle tu frapperas, chacune d’elle s’ouvrira devant toi.’’   Pour finir ma grand-mère ajoute : ‘’une fois à l’école, sois le premier à te moquer de toi-même. Ris et souris quand quelqu’un se moquera de toi. Si la personne continue malgré tout, défends-toi. ‘’

D’un air désabusé, je regarde ma grand-mère et je me dis ‘’what the fuck, la vielle là même raconte quoi ? Elle voit ma vie à l’école comme dans le monde des bisounours. Comme ce n’est pas elle qu’on frappe et dont on se moque, elle trouve cela facile.’’ Malgré moi, j’avale le discours de la mémé. Je m’autogalvanise ‘’tu peux y arriver, c’est où on ne meurt pas ? »

Je bombe alors la poitrine, narine dilatée, et je repars à l’école. Dès que je franchis le seuil de la porte, voilà Soualio. Soualio, était mon bourreau. Au fond, je pense que le mec m’aimait bien. Parce que parmi tous les gars qui étaient les soufres douleurs à l’école, j’étais le super soufre douleur. Comme à ses habitudes, c’était les « kôkôta », les moqueries des autres qui pleuvaient sur moi. Tout con au milieu de son groupe, j’essayais de sourire et de rire avec eux comme ma grand-mère me l’avait conseillé. Mais rien n’y fit, au lieu que mon sourire attendrisse le cœur de mon bourreau, cela avait le mérite de l’agacer. Et il continuait de me battre de plus belle.

Le début de la fin…

À un moment, je n’arrivais plus à  supporter, j’ai  dit  ‘’ trop, c’est trop’’. J’ai donc décidé d’y mettre fin.  Je ne sais pas où je suis allé chercher ce courage et cette force, j’ai fixé ce garçon plus  grand que moi pour qui je n’étais  qu’un punching ball et un sujet de moquerie. Sans sommation, je lui saute à la gorge, et je lui fais une clé de cou, ce qu’on appelle chez nous à Abobo « cadenas ». Malgré cela, il m’a soulevé à la seule force de son cou. Suspendu en l’air je recevais plein de coups de poing.  Franchement, je me suis demandé ce qui m’avait poussé à faire ça.  Mais  j’étais  accroché à son cou. Dans tous les cas, je n’avais pas le choix, je devais le tenir comme ça jusqu’à ce qu’on nous sépare, car si je le laissais,  j’étais un homme mort. Je  me suis accroché, et, au bout d’un moment Soualio, fatigué, tombe. Voila moi, Daouda, assis sur lui en train de lui mettre du sable dans sa bouche et lui asséné des coups devant son groupe d’amis. Le mythe de Soualio et de ses amis venait de tomber.

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Waouh, que j’étais heureux !!! Pour la 1ere fois de ma vie, j’avais osé tenir tête à ceux qui me brimaient physiquement et psychologiquement.Comme si les paroles de ma grand-mère étaient une prophétie. Tel le roi  David contre Goliath, je venais de faire mordre la poussière à la terreur de l’école. Celui dont tout le monde avait peur avait à son tour peur de quelqu’un. Et ce quelqu’un, c’était moi.

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Dès lors, lorsque quelqu’un avait un problème avec Soualio, c’est Daouda qu’on venait chercher. J’étais devenu l’épouvantail de ce dernier. Et quand j’y repense, je crois bien que c’est de la qu’est née la voix des sans voix. J’ai senti comme un besoin. Celui de venir en aide aux autres, les plus faibles, comme moi. En grandissant, celui qui n’avait que son poing comme moyen d’expression a tronqué cette arme contre un outil bien plus léger mais encore plus percutant. Cet outil, c’est ma plume, mon  verbe.

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Des mots ou expressions au rythme desquels je souligne les travers de la  société. Notre société, aujourd’hui en pleine déliquescence. Où l’arbitraire, l’illégalité, l’inégalité et l’iniquité sont les maitres mots. Une société dans  laquelle les plus faibles sont constamment écrasés par les plus forts. L’affaire Tenin n’est-elle pas une illustration parfaite ? Une femme, paraplégique du fait d’un accident de la circulation, à qui on refuse l’accès à une banque au motif qu’elle serait en fauteuil roulant et que l’ouverture complète du sas serait une source d’insécurité ? Juste pour ça elle devrait se laisser porter comme un vulgaire  sac de riz ?

Devant tant d’injustice, j’ai été surpris de voir que certains soutenaient becs et ongles la banque. Selon eux, on est venu trouver ça ainsi et, par  conséquent, il fallait faire avec.  Comment peut-on accepter cela !? Comment peut-on s’accommoder, s’accoutumer, s’adapter, s’arranger,s’habituer, se familiariser avec l’injustice ? C’est en ce moment que je me rends compte de la véracité des propos de Martin Luther King quand il disait ‘’Ce qui m’effraie, ce n’est pas l’oppression des méchants ; c’est l’indifférence des bons.‘’

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Moi Daouda je n’ai  pas  la  prétention  d’être  le Zorro des temps modernes, encore moins Robin des bois ou Conan le barbare. Mais je ne resterai jamais indifférent  face  à la souffrance, et à la  douleur  d’un des miens. Encore moins d’un ivoirien.  Même  s’il faille  que  je  vous  traque  jusqu’à dans votre dernier retranchement je le ferai afin que justice soit rendue.  Et personne  n’est  à  l’abri de ma plume. De l’entreprise, à la personne physique en passant  par les hommes politiques, le beau Bruno en sait quelque chose…

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’Chacun de nous est une réponse à un problème de ce monde, ne le quittons donc pas sans l’avoir résolu’’.

Est-ce pour cela qu’on me traite de rebelle ?  Si tel est le cas, je serai rebelle jusqu’à ma mort comme Enerto Che guevara ! Parce que comme lui, je serai capable de ressentir au plus profond de votre cœur n’importe quelle injustice commise où que ce soit dans ce monde. C’est cela la plus belle qualité d’un révolutionnaire.

Alors moi Daouda, je ne suis pas le rebelle auquel vous pensez,  je suis l’impertinent qui se dressera devant n’importe quels oppresseurs. Quelque soit sa taille, sa forme et le montant de son compte bancaire. C’est pourquoi, j’exhorte chacun de nous à devenir le porte parole des sans voix. C’est seulement ainsi que nous pourrons mettre fin à l’injustice ambiante dans laquelle nous baignons.

Aider les autres, c’est s’aider soit même. Aider permet de se sentir utile. En aidant les autres, nous augmentons notre estime personnelle. Aider les autres nous permet de faire de nouvelles connaissances. Aider les autres c’est s’ouvrir à de nouvelles opportunités et à de nouvelles rencontres. Pourquoi pas l’amour…Pour finir, retenons que chacun de nous est une réponse à un problème de ce monde, ne le quittons donc pas sans l’avoir résolu. Ma réponse, c’est d’écrire, de  parler et défendre ceux qui ne peuvent pas écrire et parler. Et vous, quelle sera la vôtre ?

19 Comments
  1. DEDO says

    Je ne commente jamais mais là tu ns as ts bien niq***
    BRAVO DAVID !

  2. Dr Diahou says

    Bravo mon fils.

  3. Daniel ANOUGBA says

    Très beau speech cher Daouda ! je reste encore frappé par ta dernière phrase : « chacun de nous est une réponse à un problème de ce monde, ne le quittons donc pas sans l’avoir résolu » !
    Bonne continuation dans ton combat !

    1. lavoiedessansvoix says

      Merci à toi frère

  4. Jeanine KONGO, Femme De Distinction says

    Très bel article Daouda, la vie vaut la peine d’être vécue. La bible dit de ne pas négliger les faibles commencements, malgré tout ce qui t’handicapait, la force mentale a pris le dessus.

    1. lavoiedessansvoix says

      Comme le disent les chinois, l’esprit domine la matière

  5. Thiauz Klantcha Elvis Kalpir says

    Bravo cher ami, heureux de lire ce message je pense que nous avons les mm aspirations celui de rendre le monde plus juste et y faire régner l’amour.

  6. Abiba says

    Bravo bravo bravo

  7. Lilanzo says

    Les hommes que le monde a failli briser, sont ceux qui lui ont apporté le plus d’espoir. Excellent speech pour un superbe article. #FaisonsNotrePart

  8. Madjalia says

    Bel article! Bravo

  9. Madjalia says

    Bel article! Bravo.

  10. nazaire kadia says

     » même s’il faille » est incorrect

  11. max TAN says

    Chapeau bas, frère, Tout simplement Bravo!

  12. coulibaly Ibrahim says

    Merci pour ton partage c’est émouvant et encourageant.

  13. Marie-France MK says

    Merci

  14. Leon Ferdinand Piette says

    oui B.R.A.V.O ! moi je suis……..;; ça commence mal !  » moi je « …. être anarchiste est assez mal admis par les  » bien pensants  » mais ça me plaît. Ton histoire est de celles qui changent les gens à leur lecture. on est de la même eau… sauf que ma peau est différente, par accident… ouf , déjà une fausse note! pas du tout, c’est pas la peau mais l’intérieur qui compte! Bouake connais! Yopougon cité verte y résidé, y retourner : un rêve et Dieu me le permettra! c’est à Yop que ma conversion c’est réalisée, de catho passé à évangéliste.. revenu en Belgique marié à ma femme ivoirienne, elle aussi mère d’un fils… et les coïncidences continuent.
    L’homme ( de Dieu ) un apôtre extraordinaire qui m’a renversé s’appelle aussi DAOUDA ! porte … est à l’ouverture de son nom et à sa fermeture; la porte d’accès à son coeur est ouverte et celle de sortie aussi, mais dès qu’on le connaît on n’en sort plus, car on est en parallèle avec l’Amour de Dieu.
    Voilà on pourrait continuer et l’an prochain on se verra à Abidjan… si t’es d’accord ??

    1. lavoiedessansvoix says

      C’est avec plaisir

    2. lavoiedessansvoix says

      Tu as reussi a m’arracher un sourire

  15. Dédé Esther says

    Wahouuuuu !!! Super vraiment touchant

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