La voie des sans voix

Côte d’Ivoire: réconciliation, ne m’en parlez pas!

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reconcilliation1L’ex chef d’Etat ivoirien est en prison à la Haye depuis le 30 novembre 2011. Depuis ce jour, aucun discours ou communiqué officiel n’est prononcé sans qu’on n’entende une demi-douzaine de fois le terme « réconciliation ». Les forums, colloques et activités liés à la réconciliation se succèdent. Malgré cela, la Côte d’Ivoire peine à retrouver la sérénité promise par Alassane Ouattara, le successeur de Laurent Gbagbo.

Dès sa prise de fonction en 2011, le président Ouattara, dans sa volonté de réconcilier les ivoiriens, n’y est pas allé par quatre chemins. Il crée par ordonnance, le 13 juillet 2011, la Commission Dialogue Vérité et Réconciliation (CDVR). Dirigée par Charles Konan Banny, l’institution avait pour objectif « d’œuvrer en toute indépendance à la réconciliation nationale et au renforcement de la cohésion sociale entre toutes les communautés vivant en Côte d’Ivoire par le biais de mécanismes de justice traditionnelle ».

Dans la foulée, le 15 février 2012, Le Programme nationale de cohésion sociale (PNCS) est mis sur pied, avec pour objectif général de contribuer au renforcement de la cohésion sociale en Côte d’Ivoire par le biais de la réconciliation nationale, la consolidation de la paix et la sécurité. Quatre ans plus tard, le 24 mars 2015, la Commission nationale pour la réconciliation et l’indemnisation des victimes (CONARIV) voit le jour. Cette dernière a pour mission de parachever le travail de la CDVR, arrivée au terme de son mandat.

Malheureusement, de la CDVR à la CONARIV, en passant par le PNCS, aucune de ces structures n’a été et ne semble aujourd’hui, en mesure de réconcilier les Ivoiriens. Avec leurs attributions de quasiment similaires, ces organisations donnent l’impression à l’observateur de se marcher sur les pieds. Plongeant, de ce fait, les victimes et ayant-droits de victimes, déjà bien éprouvés par la crise, dans un véritable flou. Ces derniers assistent, impuissants, à un conflit d’intérêts entre ces différentes institutions. Cela s’explique sans doute par le fait qu’on prenne toujours les mêmes et qu’on recommence… soit !

Comment comprendre que des organes, pour le moins budgétivores et sensés apporter la paix, peuvent-elles y arriver si elles-mêmes n’arrivent pas à s’entendre sur leurs missions et objectifs ?

En outre, depuis l’avènement du président Ouattara au pouvoir, la catégorisation des victimes est devenue le crédo de certains. Chaque année, les martyrs d’Abobo sont célébrés. Ce qui n’est pas le cas pour ceux de Yopougon et des autres villes de la Côte d’Ivoire qui ont également subi les affres de la crise. Comment espérons-nous arriver à la réconciliation quand certains morts semblent bénéficier de plus d’égards que d’autres ?

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On feint de ne pas savoir ce qui s’est passé à l’Ouest, précisément à Guitrozon, Nahibly ou encore Petit Duékoué. Comment espérons-nous arriver à la réconciliation quand le fossé s’élargit de jour en jour entre la rhétorique officielle qui se veut apaisante et rassurante et la réalité quotidienne ? Réalité dans laquelle certaines personnes, considérées comme des bourreaux, sont promues à de hauts postes de responsabilité, pendant que d’autres, victimes présumées, sont encore dans les geôles du pouvoir, attendant un hypothétique procès.

Pis, lorsqu’on veut remettre la situation des victimes au goût du jour, certains estimes que c’est remuer le couteau dans plaie. J’en veux pour preuve le dernier rapport d’Amnesty International Section Côte d’Ivoire qui dit que jusqu’à ce jour, le rapport de la CDVR n’a jamais été rendu public. Comment peut-on réellement régler un problème en refusant systématiquement d’en parler ? C’est quoi le projet ? Cacher la souffrance des victimes et espérer qu’elles pardonnent avec le temps ? Je pense que c’est de la folie. Et comme l’a dit Albert Einstein : « La folie, c’est se comporter de la même manière et s’attendre à un résultat différent ».

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Si nous voulons vraiment la réconciliation en Côte d’Ivoire, il est temps de prendre en compte la souffrance des uns et des autres. En réalité, un mort n’a ni parti politique, ni ethnie, encore moins une religion. Le chemin sur lequel nous sommes ne nous mène que vers un perpétuel recommencement.

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